Où va la société moderne ? 2019-06-07T10:39:14+01:00

Résumé de la conférence de Monsieur Jacques Séguéla
Vice-président Havas
Palexpo-Genève
Tribune du MCEI Genève le 6 octobre 2016

Où va la société moderne ?

Notre vieux monde se cherche. L’Europe rétréci, l’Allemagne flanche, la France est en guerre, l’Orient se disloque, l’Afrique explose et l’Amérique se « trump ». Depuis 1945, nous avons cru que le monde s’était apaisé, puis Daech est apparu et nous sommes tous paralysés par la peur.

La Suisse un peu moins car elle a notamment eu la bonne idée de ne pas entrer dans l’UE. Mais il faut être optimiste. Les optimistes ont inventé l’avion, les pessimistes le parachute. Ce n’est pas Daech qui va gagner au XXIe siècle. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ont déjà gagné. Ils sont en train de changer la planète.

Peu de guerres civiles dans notre époque 

Statistiquement il n’y a jamais eu si peu de guerres civiles et de génocides sur terre depuis que le monde existe : 25 en 1991 contre 4 en 2016. Les victimes de guerre étaient de 22 pour 100 000 en 1950 contre 0,2 pour 100 000 cette année. La paix est programmée d’ici 20 ou 50 ans car l’homme a compris qu’il valait mieux acheter les choses que les voler lors d’un conflit, car ce dernier coûte bien plus cher. En plus, la planète a besoin d’êtres humains pour progresser. Donc l’espoir est présent.

Société créative

En soixante ans de métier je n’ai trouvé qu’une définition de la publicité. C’est une question. Demandez à un annonceur : « Que devient la neige lorsqu’elle fond ? » Il vous répondra de l’eau, bonne réponse, mais mauvaise pub…

Posez-moi la question, je vous répondrai : « Lorsque la neige fond elle devient le printemps. » Mon métier est de transformer, l’eau en printemps.

Nous sommes en train de changer d’ère. Nous allons vers une société harmonique en passant d’une période axée sur la connaissance à une société de création. Le XXIe siècle sera celui des mathématiciens et des créateurs. Mais pour cela il faut respecter certaines règles. Il y a un impératif moral, notamment des politiciens qui doivent absolument faire un effort. Avant de changer le monde nous devons changer nous-mêmes.

Prise de pouvoir de la parole par Internet

On observe aussi un choc générationnel terrible entre les personnes connectées et les autres. Internet a ouvert les vannes du dialogue. Le peuple a pris le pouvoir de la parole. Nous devons passer d’une société de solitude et d’égoïsme à une société plus ouverte, plus honnête, plus verte, plus harmonique, plus émotionnelle.

La révolution digitale a fait passer la communication de l’âge de la dictature de la pub (celle de consommateurs sans droit de réponse), à celui de la démocratie participative du « consomme-acteur ».

À l’avenir, le premier média du monde sera le mobile, la télévision sera connectée, la pub partagée, mais l’idée restera reine. Hier seul l’argent à coups de spots créait la notoriété. Aujourd’hui seul le talent peut conquérir en toute gratuité la toile.

Arrivée d’une société de passionnés

Le XXe siècle a vécu sous la terreur de la raison de Pascal, ce siècle nous fera passer du pragmatisme à la création de Picasso. Au lieu de cultiver notre QI, soyons en symbiose avec notre environnement.

Après avoir passé mon bac à la 8e tentative, c’est en visitant Paris que j’ai découvert ses théâtres, ses musées et que j’ai compris que le plus important c’est le QE, pour émotion, et pas le QI.

En achetant une île on voit la mer, toujours la même. En achetant un bateau on découvre toutes les mers du monde. Mon but est de faire évoluer la création vers la passion. On va vers un cycle romantique. Les jeunes sont plus passionnés et amoureux qu’avant.

Arrivée d’une société collaborative 

Notre relation avec l’argent et la consommation va aussi évoluer. Nous sommes deux fois plus riches qu’il y a 50 ans mais pas plus heureux. Aujourd’hui on achète une maison avec un prêt bancaire que nous payons jusqu’à la retraite. À notre mort, l’État nous prélève encore des impôts sur notre bien.

Désormais on préfère louer pour consommer moins, mais consommer mieux. Le paraître va devenir l’être. A-t-on besoin d’un 4×4 en ville ? Doit-on manger des fraises en hiver ? A-t-on besoin d’une perceuse que nous allons utiliser seulement 11 minutes par an ? La réponse est non.

Nous allons vers une société collaborative. Il va falloir mieux vivre ensemble et s’entraider. C’est la fin du tout à l’égout et du tout à l’ego. Dans 20 ans il n’y aura plus de voiture individuelle en ville. Cette évolution sera faite par les milléniums, les 18-30 ans, qui sont en train de changer notre mode de vie. Ils auront occupé 10 emplois avant 40 ans et les emplois les plus demandés dans 10 ans n’existent pas encore aujourd’hui.

Arrivée d’une société harmonique et matriarcale 

Plus connectés, plus informés et plus technologiques que leurs parents, ces jeunes sont optimistes. Ils veulent servir une grande cause. On va passer d’un mode de domination, à la participation, y compris dans les entreprises, du matraquage au partage. La publicité sera ciblée pour atteindre seulement les consommateurs concernés.

On évolue de la communication à la mise en relation des personnes entre-elle au sein d’une société harmonique et matriarcale. Alors que jusqu’ici c’est le machisme qui a dominé, désormais les jeunes font la cuisine et s’occupent des enfants. Et on trouve de plus en plus de femmes à des postes de pouvoir (Allemagne et probablement États-Unis bientôt). Il y a un partage des valeurs entre les sexes. L’argent n’a pas d’idée, seules les idées font de l’argent. Et le monde n’avancera que grâce aux idées.

Résumé Luigino Canal