«Vignes ou vins : de bonnes questions à se poser»
Résumé de la conférence de Monsieur Stéphane Gros, Vigneron-encaveur à Dardagny
Salle des Evaux, Tribune du MCEI
Genève le 23 juillet 2026
La subvention à l’arrachage de vignes en Suisse est une hérésie écologique et économique. C’est en outre un manque de respect envers les ancêtres. Il est nécessaire de revenir à la culture du temps et du plaisir, face à la toute‑puissance de la bureaucratie qui se base sur des statistiques dénaturant le métier de vigneron. Le système viticole suisse est en crise : la recherche de subventions a remplacé la passion du métier. Le système de subventions engendre une bureaucratie inefficace, où l’argent sert à financer des contrôles inutiles plutôt qu’à soutenir les producteurs. On paie des fonctionnaires déconnectés de la réalité du terrain.
Le métier de vigneron est avant tout une passion et un art, non une industrie de masse ni une source de revenus garantis par l’État. La priorité doit être donnée à la qualité du vin, au temps de maturation et à l’expérience de consommation. Manger et boire ensemble un produit de qualité doit primer sur la production de masse. La viticulture doit revenir au plaisir, et celui‑ci doit être accessible à tous. Il faut prendre le temps de s’asseoir, de manger et de boire sans téléphone, en compagnie de bonnes personnes, avec des produits du terroir provenant de nos bouchers et fromagers.
Les statistiques sur la consommation de vin en Suisse sont fausses ou, à tout le moins, douteuses. L’État dépense des sommes folles pour des initiatives totalement inutiles, alors qu’il faudrait simplement apprendre de la vie sur le terrain, parler directement avec les acteurs pour comprendre leurs préoccupations et leurs aspirations. Mais ici aussi, l’administration met son nez en obligeant les vignerons à obtenir une validation obligatoire pour accueillir des visiteurs sur leur domaine.
Le vin désalcoolisé n’est pas non plus une solution. C’est sans intérêt, comme si l’on écoutait un film X à la radio. Le temps est un élément central : le vin demande du temps. On ne peut pas le mettre en bouteille selon les désidératas du marché. Il faut respecter le processus pour obtenir un produit de qualité. Il faut surfer sur les cépages et les millésimes au gré de ses envies et de ses coups de cœur. Le vin c’est beaucoup plus que des bouteilles. C’est un esprit qui enveloppe tout, les émotions, les sentiments, les goûts. Derrière un vigneron, il doit y avoir une cave, avec des barriques et un pressoir. Ce n’est pas toujours le cas…
PS : Stéphane Gros a eu une carrière très spéciale. Né dans les vignes, dans son domaine familial de la campagne genevoise, il a fait une maturité latine au Collège de Genève, puis des études en relations internationales, travaillé pendant plus d’une année dans une banque privée, participant alors aux criées de la Bourse à Genève… Mais il a choisi finalement la terre et pas le virtuel ! Vigneron hors norme, passionné, il privilégie les petites productions, les vins de caractère, les cuvées qui racontent quelque chose. Vigneron et lettré, Stéphane Gros cite volontiers La Fontaine, qui enseignait la sagesse de la vie et de la tradition.
(Résumé : Luigino Canal)