Résumé de la conférence de Monsieur Marc Guéniat, Écrivain et journaliste au Temps
Forum de l’Hôtel Crowne Plaza, Tribune du MCEI
Genève le 3 septembre 2026
Genève Confidentiel est une enquête sur « la ville qui aimait l’argent des autres », consacrée aux réseaux d’influence qui ont fait de la cité du bout du Léman le refuge des grandes fortunes. Le livre met l’accent sur l’ambivalence de la psyché genevoise, oscillant, d’une part, entre un humanisme historique qui en fait un lieu d’accueil prônant la justice et la charité et, d’autre part, des personnages et des sociétés qui témoignent d’un opportunisme financier marqué. Marc Guéniat, qui est né à Genève et apprécie sa ville, analyse la résilience du canton face aux crises internationales ainsi que l’émergence d’une nouvelle élite tirant profit des conflits mondiaux. Il observe une tension entre l’héritage humaniste de la cité, incarné par les grandes figures qui ont marqué son histoire, telles que Jean Calvin, Jean-Jacques Rousseau ou Henri Dunant, et une fascination pour l’argent, décrite notamment par Voltaire : « Si vous voyez un banquier genevois sauter par la fenêtre, sautez derrière lui, il y a de l’argent à gagner. »
Grâce à sa stabilité politique, à des institutions solides et à un franc fort, la Suisse, et Genève en particulier, affichent une remarquable résilience économique face aux crises, avec une grande capacité à tirer profit des instabilités mondiales, que ce soit lors de la crise financière de 2008, de la pandémie ou encore des conflits en Ukraine et en Iran. La place bancaire genevoise a même survécu à la fin du secret bancaire.
On note l’émergence d’un « nouveau patriciat », qui supplante l’ancien patriciat protestant. Cette nouvelle élite, représentée notamment par les sociétés actives dans le secteur des matières premières, réalise des bénéfices exceptionnels lors des crises, contribuant aux excédents budgétaires de l’État. Ce petit territoire exigu héberge aujourd’hui 15 milliardaires et plus de 305 personnes disposant d’un patrimoine supérieur à 100 millions de dollars, soit près de trois fois plus qu’à Paris.
La paix sociale à la genevoise s’est construite sur l’apport de riches émigrés et de multinationales qui ont créé les conditions d’une croissance profitant au plus grand nombre. Le canton bénéficie d’une école publique de qualité, d’une université et d’un hôpital à la pointe, ainsi que de prestations sociales plus généreuses qu’ailleurs dans le pays. L’attractivité de la cité et sa prospérité ont, durant des siècles, permis de financer des services publics et un filet social parmi les meilleurs du monde. Le canton a également été pionnier à bien des égards, notamment en étant le premier du pays à scolariser les enfants sans papiers.
Mais, depuis 2010, on assiste à un effritement de cette paix sociale. La spirale vertueuse de l’après-guerre, qui combinait coalition politique, protection sociale et éducation, s’est enrayée, entraînant un creusement des inégalités. Le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale est en nette augmentation, avec une transmission intergénérationnelle de la précarité et l’apparition d’une nouvelle catégorie : les « working poor », dont le salaire est inférieur au coût de la vie. Au détour de la patinoire des Vernets, devant laquelle des milliers de personnes ont fait la queue durant la pandémie dans l’attente d’un colis alimentaire, surgit ce constat implacable: les inégalités se sont fortement amplifiées. En conséquence, la paix sociale traditionnelle doit désormais y faire face. Les décideurs devront identifier les réponses à apporter à cette fragilisation du modèle actuel.
(Résumé : Luigino Canal)