«Enjeux et défis du F-35»
Résumé de la conférence de Monsieur le Divisionnaire Claude Meier, président du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires
Forum de l’Hôtel Crowne Plaza, Tribune du MCEI
Genève le 4 juin 2026
«Tous les avions modernes ont quatre dimensions: l’envergure, la longueur, la hauteur et … la politique», cette formule de l’ingénieur aéronautique britannique Sir Sydney Camm, révèle la problématique qui touche les F-35. Les débats autour des avions de combat en Suisse sont anciens et toujours très politisés. Les critiques adressées aujourd’hui au F‑35 étaient déjà formulées contre le F‑18 dans les années 1990. L’acquisition d’un avion de combat est un processus long, sensible et fortement influencé par le contexte géopolitique.
Après l’échec de la votation sur le Gripen en 2014, la Suisse relance la réflexion sur la défense aérienne. Entre 2015 et 2020, plusieurs étapes se succèdent : analyses militaires et politiques, rapport stratégique en 2017, changements de ministres, évaluations techniques, appel d’offres international et enfin référendum populaire. Le peuple accepte en 2020 un budget maximal de 6 milliards pour un nouvel avion.
Lors de l’évaluation, quatre constructeurs restent en lice: Airbus, Boeing, Dassault et Lockheed Martin. Le F‑35 se distingue nettement pour plusieurs raisons. Il est nettement supérieur opérationnellement et présente aussi un avantage financier. Ses atouts principaux: avion de 5e génération, furtivité intégrée dès la conception, fusion avancée des données des capteurs, capacités multirôles (défense, reconnaissance, appui au sol). En outre, il bénéficie d’une large base d’utilisateurs (plus de 1300 appareils auprès de 20 pays). Plus d’un million d’heures de vol ont été effectuées ce qui garantit une logistique solide et une maintenance bien rodée. Toutes ces caractéristiques ne peuvent pas être ajoutées à un avion plus ancien. Et, contrairement à ce que certains imaginent, le F‑35 était aussi le moins cher à l’achat et à l’exploitation parmi les candidats.
Le contexte géopolitique actuel renforce la nécessité d’une défense forte. Avec la guerre en Ukraine, les tensions en Afrique, en Amérique centrale, au Groenland, et un Moyen‑Orient «en feu», le monde est devenu volatile, incertain, complexe et ambigu. Sans oublier la thématique des drones qu’il faut désormais prendre en compte. Dans ce contexte, la Suisse doit maintenir une capacité de dissuasion crédible, notamment grâce à la supériorité aérienne.
Le F‑35 s’intègre dans une stratégie globale comprenant la défense aérienne au sol, des avions multirôles dotés de capacités offensives en cas d’agression et enfin la protection de la population et de l’armée.
La Suisse prévoit 30 F‑35A, avec trois bases principales : Payerne, Meiringen et Emmen (où 4 avions seront assemblés). Les premiers appareils seront livrés en 2027 avec une formation du personnel dès 2028 et une capacité opérationnelle initiale en 2030. La capacité opérationnelle complète est planifiée pour 2031. Le processus complet, depuis 2014, représente 17 ans. Le programme est financé entièrement dans le budget ordinaire de l’armée (environ 5,9 milliards par an). Le plafond voté par le peuple (6 milliards indexés) est respecté. Mais plusieurs obstacles subsistent. La communication est complexe autour du projet et il y a des retards liés aux infrastructures. Sans oublier les pressions budgétaires fédérales.
La sécurité nationale ne s’improvise pas. Elle doit être pensée globalement, sur le long terme, et non dans l’urgence. La défense aérienne est un élément parmi d’autres d’une stratégie de sécurité cohérente. L’objectif ultime est la dissuasion, c’est‑à‑dire «gagner la guerre avant la guerre».
(Résumé : Luigino Canal)