Face aux incertitudes, renforcer la compétitivité et l’attractivité de Genève.

Résumé de la conférence de
Madame Delphine Bachmann, Conseillère d’État chargée du département de l’économie, de l’emploi et de l’énergie
Palexpo, Tribune du MCEI
Genève le 5 mars 2026

Malgré un contexte économique et géopolitique des plus incertains, les fondamentaux de l’économie genevoise sont bons. En fait, on est passé d’un état de crise depuis le Covid, à un état d’instabilité permanente auquel les entreprises et l’économie doivent s’adapter en continu. Et puis, on peut constater la résilience des entreprises, en particulier à Genève.

Le canton, aujourd’hui, en termes de carte graphique économique, c’est 40 000 entreprises, très diversifiées, avec 99% de PME qui emploient moins de 250 personnes. Mais 1% des grandes entreprises totalisent tout de même 36% de l’emploi. L’existence des grandes sociétés permet l’existence des petites.

Avec 62,8 milliards de francs, nous avons le 4e PIB de Suisse, ce qui en fait un des PIB par habitant parmi les plus élevés au monde. En terme, d’exportation, avec 23 milliards, nous sommes à la 2e place juste après Bâle et son industrie pharmaceutique. Cela montre l’importance de nos relations avec le monde. Concernant notre dépendance aux USA, nous nous en sortons mieux que d’autres cantons romands, puisque nous exportons environ 15% outre atlantique contre plus de 35% pour Neuchâtel ou près de 25% Vaud.

Sur le front de l’emploi, Genève offre un marché très attractif avec 420 000 emplois, soit 353 000 équivalents plein temps pour 243 000 résidents actifs. La majorité de ces personnes (86%) travaillent dans le secteur tertiaire, contre 14% pour le secondaire et moins de 1% pour le secteur primaire.

L’image de notre canton y est indissociablement liée depuis le 18e siècle à la banque et la finance qui couvre 12,9% du PIB avec 38 000 emplois. Mais, et on a parfois tendance à l’oublier, Genève est aussi un canton industriel qui représente 12% du PIB et 37 000 postes. Troisième secteur important, le négoce de matières premières qui génère 17,6% du PIB. Genève est le canton qui compte le plus grand nombre de sièges d’entreprises de négoce de matières premières. Sur les 975 entreprises ayant comme activité principale le négoce de matières premières en Suisse, 320 sont à Genève. Ces trois secteurs représentent environ 50% de notre PIB. 

La situation des affaires est bonne en ce début d’année 2026. Certains secteurs continuent de performer comme le négoce de matières premières ou le tourisme, d’autres, en revanche, connaissent des difficultés comme l’industrie avec une baisse des commandes provenant notamment de la demande étrangère. Le commerce non alimentaire montre aussi des signes d’essoufflement tout comme la construction. Il y a certains signaux négatifs également du côté de l’horlogerie, notamment en raison du feuilleton lié à la hausse des droits de douane américains. Pour la suite, les prévisions des entreprises sont relativement prudentes, surtout face à la volatilité des marchés et des législations.

Notre canton se caractérise par un marché du travail très compétitif avec un fort besoin en main-d’œuvre. Si l’on calcule le delta entre le nombre d’emplois proposés par les entreprises genevoises et la population résidente on arrive à 177 000 personnes. Il y a donc de la place pour tout le monde sur le marché de l’emploi. Un chiffre important qu’il faut combler et qui passe par la nécessité d’avoir une économie ouverte, je pense bien sûr ici à deux enjeux majeurs sur lesquels nous serons appelés à voter. L’initiative pour une Suisse à 10 millions, sur la laquelle nous nous prononcerons en juin, et la poursuite de la voie bilatérale avec l’UE. Ce sont évidemment deux points clés pour l’économie pour apporter un peu de prévisibilité et de stabilité car cette ouverture permet de combler le manque de mains d’œuvre nécessaire pour notre bon fonctionnement.

Il y a une forte demande en main-d’œuvre avec des secteurs en pénurie, pourtant, de plus en plus de personnes sont sur le marché du travail, à Genève, comme en Suisse. Avec un taux de chômage 5,3% à fin février, il faut remonter à 10 ans pour trouver un tel niveau, hors période COVID. C’est structurel au niveau de la Suisse, les cantons villes ont toujours un taux de chômage qui est plus élevé en raison de la forte compétitivité mais actuellement les entreprises sont plus conservatrices et elles ont tendance à ne pas trop engager, faute de visibilité pour le futur. L’environnement économique s’est dégradé mais aussi complexifié, sous l’effet de multiples incertitudes telles que l’instabilité géopolitique, les guerres, les politiques commerciales américaines, le prix des matières premières ou encore l’appréciation du franc.

L’analyse des données consolidées pour les trois dernières années montre que ce sont les branches de l’horlogerie et de l’hôtellerie qui ont connu les plus fortes progressions de chômage en pourcentage, alors que le secteur «activités des services financiers» est celui où les hausses du nombre de demandeurs d’emploi sont, en valeur absolue, les plus élevées.

Nous avons un grand enjeu d’employabilité. Il faut trouver les bonnes personnes dans les secteurs en pénurie (informatique, santé, hôtellerie-restauration) et faire coïncider les besoins des entreprises et les profils des personnes en recherche d’emploi. L’office cantonal de l’emploi, en partenariat avec d’autres départements de l’État, tente de résoudre cette équation. Nous devons faire face à une mutation des emplois. Le marché du travail se transforme très rapidement et en profondeur. Dans certains secteurs, des fonctions disparaissent purement et simplement, tandis que dans d’autres, de nouveaux métiers sont créés. Les mutations de l’économie sont devenues très rapides et il est difficile d’y répondre. Passer l’ensemble de sa carrière dans un seul métier devient l’exception. Il faut aujourd’hui accepter que même comme adulte, on va connaître deux ou trois carrières au sein d’une même vie et que l’on peut être amené à changer de profession, y compris à 40 ans.

Cette évolution implique de se former tout au long de sa carrière, pour que son profil professionnel reste toujours à jour. Il en va de même pour les chômeurs. Si les recherches d’emploi restent essentielles, cette démarche doit s’accompagner d’un effort en matière de formation continue. On doit miser sur des mesures de reconversion professionnelle, plus longues, mais plus efficaces sur le long terme. Nous proposons toute une série d’aides au recrutement. L’allocation de formation concerne les personnes qui ne disposent pas d’un premier diplôme, une catégorie qui affiche un taux de chômage élevé. Ainsi, un chômeur de plus de 30 ans peut faire un CFC tout en gagnant le salaire minimum mais l’employeur, lui, ne paie qu’un simple salaire d’apprenti. Avec l’allocation d’initiation au travail, vous pouvez former une personne à qui il manque certaines compétences et en contrepartie l’État finance une partie de son salaire (40%). Enfin, avec l’allocation de retour en emploi, l’État paie là aussi une partie du salaire de la personne en fin de droits que vous engagez. Et puis nous sommes aussi en train de développer des certifications techniques courtes, par exemple dans des secteurs en pénurie, comme dans la restauration. D’autres mesures sont à l’étude comme la mise en place d’un compte formation individuelle pour ne plus dépendre exclusivement d’une entreprise pour pouvoir se former, mais que chaque personne dispose d’un capital de formation tout au long de sa carrière pour anticiper les évolutions.

La diversité et la richesse de notre tissu économique constituent l’une des grandes forces de notre canton. Mais cette diversité cache aussi certaines fragilités structurelles. Notre fiscalité repose encore largement sur quelques secteurs dominants : le commerce de gros représente, à lui seul, plus d’un tiers des recettes fiscales cantonales. Si ce secteur vacille, ce sont aussi nos finances publiques et nos emplois qui peuvent en être directement affectés.

Si on veut avoir un écosystème performant et crédible, il faut avoir une vision. C’est le but de la nouvelle stratégie économique cantonale 2025-2035 qui a été publiée l’année dernière. L’objectif est double. Renforcer les secteurs historiques, ceux qui ont fait Genève, qui sont très forts aujourd’hui (banque, finance, négoce, horlogerie, chimie). Ensuite, nous voulons accélérer le développement de 3 pôles émergents : les sciences de la vie, les industries créatives et l’économie numérique.

Tous ces secteurs ont un point commun : pour continuer à performer, ils doivent faire preuve d’innovation qui représente un vecteur essentiel de la dynamique économique de notre territoire, tant en termes de création d’emplois que de valeur ajoutée. Ce sont ainsi plus de 8 millions de francs qui viendront aider des projets genevois innovants pour la période 2025-2027.

Autre point clé, alléger la charge administrative des entreprises. Ainsi, le Guichet Entreprises ouvert depuis un an à l’office cantonal de l’économie et de l’innovation a répondu à près de 730 requêtes.

En conclusion, Genève dispose d’atouts solides, d’une économie diversifiée et d’une capacité d’innovation qui lui permettent d’affronter un contexte international incertain avec confiance. Mais pour transformer ces forces en prospérité durable, nous devons relever avec détermination le défi de l’employabilité, de l’ouverture et de la diversification de nos pôles économiques.

Résumé : Luigino Canal